Gracieuse interview d’Anthony Sitruk

Anthony Sitruk inaugure la première interview de cette année 2023. Le connais-tu ? 

Voici l'occasion de le découvrir sous un autre angle, durant cette gracieuse interview sur ma table de kiné ! Lis chaque jour, ave un nombre de questions différent.

Lundi

1. As-tu une assistante comme moi ?

A défaut d’assistante, j’ai ma compagne, qui m’encourage, me relit et que j’entends gueuler dans la pièce d’à côté lorsqu’un mot ou une tournure ne lui convient pas. Elle est impitoyable, souligne tout ce qui lui déplait, la moindre maladresse, la moindre répétition. J’en ai une peur bleue. Heureusement, il reste certains points où j’ai le dernier mot. Quand même, c’est qui l’auteur ?!

2. Quel est ton objet fétiche ?

Au quotidien, j’en ai plusieurs : mon tube de Labello, ma liseuse Kobo … avec ça, je peux déjà tenir quelques jours, même plus besoin de nourriture ! Pour l’écriture, en revanche… Une canette de Coca-Cola à portée de main, surtout. Eventuellement un paquet de gâteaux. Mais rien de vraiment indispensable, si ce n’est mon ordinateur, vu que j’ai une écriture de cochon. Une connexion internet si possible. Ou à défaut un dictionnaire des synonymes !

3. Je te propose une soirée avec un auteur, quel est ton programme ?

Honnêtement, je n’en sais rien… Stephen King, sans doute, que j’ai découvert à quinze ans et que je suis depuis. Mais on ferait quoi ? On irait boire une bière dans un bar à Bangor ? Sinon, Philippe Djian, mon auteur préféré… Je pourrais prendre n’importe quelle phrase de ses livres au hasard, et lui demander comment il fait. Mais au fond, je ne sais pas si j’ai très envie de le rencontrer. J’avais assisté à un débat au Louvre, en 2015. On ne le sentait pas vraiment dans la communication, ça semblait l’emmerder autant que nous. Alors avec moi en face qui suis ultra bavard… De même pour un Olivier Adam, par exemple. A vrai dire, je crois que je ne saurais quoi leur dire, quoi leur demander de plus que ce qui se trouve déjà dans leurs livres. Il y a quelques années, j’aurais bien suivi Beigbeder pendant une nuit complète : resto, boite de nuit, alcool, et on termine la nuit au poste. Aujourd’hui, il semble rangé, empêtré dans sa vie de famille. Le mec plus drôle, quoi ! Sinon, il y aurait bien Zola, pour discuter de l’affaire Dreyfus jusqu’au bout de la nuit.

4. Un lecteur idéal ?

Celui qui va au-delà de l’histoire, qui fait l’effort d’analyse. J’aime qu’un bouquin ait plusieurs portes d’entrée, et j’essaye de faire en sorte que ce soit le cas de mes romans. J’aime que chaque phrase, chaque tournure, chaque virgule, chaque référence, soit pensée, travaillée, et si le lecteur le ressent aussi, alors j’ai gagné mon pari, même s’il n’aime pas le livre. On peut trouver ça raté, ampoulé, prétentieux, complètement à côté de la plaque, et nul doute que certains ne trouveront pas mes livres à leur goût. Mais quand un lecteur me dit, pour seule critique, qu’il n’a pas aimé l’histoire, je trouve ça tellement triste. J’aime au contraire qu’on revienne sur un passage, une tournure, un mot… après, qu’on ait ou non aimé le livre, on s’en fout. A l’issue d’un débat au Centre tchèque de Paris, avec un lecteur on a discuté de Camus, dont je me suis inspiré et que je cite à deux reprises dans La Vie brève de Jan Palach. Là, ça devient passionnant, là il y a quelque chose qui se passe. Ce lecteur a-t-il aimé mon livre, l’a-t-il même lu jusqu’au bout ? A vrai dire, je n’en sais rien. Mais parler d’écriture avec lui, ça c’était enrichissant.

5. Décris-nous ta position préférée.
Pour écrire ?

Pour écrire uniquement ?
Il y a encore peu, j’aimais bien m’assoir sur un coussin, devant ma table basse. Là j’étais bien ! Je parle au passé, car cette table, je viens de la vendre. Depuis, je ne sais pas, je crois que je n’ai pas encore retrouvé d’endroit idéal. A mon boulot… Mon vrai boulot, je veux dire, celui qui me nourrit, j’ai essayé récemment un siège avec isolation phonique, une bulle avec tablette pour l’ordinateur… Oh, le pied, je conseille ça à tous les écrivains ! Là je suis en plein déménagement, j’espère me trouver un petit coin agréable pour écrire dans ce nouvel appartement.

6. Portes-tu une tenue particulière pour écrire ?

Un pyjama, un vieux pull, des trucs amples, quoi ! Crois-moi, c’est pas beau à voir. Il faut que je sois à l’aise, que rien ne me perturbe. Déjà que je mets un certain temps à m’immerger dans le texte, si en plus je suis engoncé dans des vêtements trop serrés, je ne m’en sortirai pas.

Mardi

1. Tes vices avouables dans tes lectures ?

En littérature, je pense être assez classique, rien de particulier, pas même des livres érotiques (quoi qu’on puisse en penser en lisant Pornstar, mon premier roman). Du Zola, du King, du Djian, du Quincey, du Burrough… Y a un peu de tout, pas de genre particulier, pas d’époque. Je suis malheureusement un lecteur du métro, donc certains auteurs me sont quasi inaccessibles : peut-on lire Proust dans les transports, réellement comprendre et s’imprégner ? Il faut un sacré effort de concentration, il me semble, et surtout un long trajet pour avoir le temps de s’immerger. Sinon, pour les films, je vais t’avouer quelque chose. Tu es prête ? J’ai en DVD / Blu-ray l’intégrale des films de Jean-Claude Van Damme. A côté de celle de Godard ! Et le pire, c’est que je ne plaisante même pas !

2. En musique ? Ecris-tu en musique ?

Je n’en écoute quasiment pas. Et surtout pas pendant l’écriture, pour laquelle j’ai besoin d’un silence totale. De temps en temps, je surfe un peu sur Youtube pour (re)découvrir quelques titres, ça m’inspire : en ce moment, c’est surtout Brel ou Ferré. Ou Aznavour, que je réécoute depuis la sortie de son documentaire l’été dernier. Mais c’est rare. J’ai une grosse enceinte Marshall chez moi, achetée il y a quatre ans, que je n’ai presque jamais utilisée. Mon fils me demande souvent pourquoi il n’y a jamais de musique chez moi. Par contre, moins d’une heure avant de répondre à tes questions, figure-toi que je me suis remis au piano. Moi qui n’ai pas touché un clavier depuis trente-cinq ans… Je vais essayer de suivre quelques leçons, en même temps que mon fils, histoire de l’encourager.

3. Comment peut-on te séduire ?

Bon, en ce moment ça va être difficile. Reviens dans vingt ou trente ans, peut-être même plus. Mais dans l’absolu… aucune idée ! En me faisant rire, je pense. En papotant. Il faut une conversation vivante, drôle, durant laquelle on ne voit pas les heures passer. Evidemment, quelqu’un qui me parle bouquins ou cinéma, gagne tout de suite quelques points. Je le disais, je suis un grand bavard. Si j’ai en face de moi quelqu’un qui aime autant l’échange, forcément cela me séduit rapidement.

4. Ebook ou papier ?

Je vais faire hurler mes quelques amis libraires… Je suis un grand consommateur d’ebooks ! J’aime le rétroéclairage, le dictionnaire intégré, pouvoir modifier la taille des caractères, ou l’interligne. Les libraires et les éditeurs n’ont pas encore pris la pleine mesure de l’ebook, il y a pourtant des choses à faire, de nouveaux schémas à inventer. Pour le moment, ça patauge un peu, mais je suis certain qu’une librairie pourrait proposer un vrai service autour de l’ebook. Et puis il faut à tout prix proposer le numérique à l’achat du papier. Même si c’est pour une durée limitée : j’achète le livre papier, je veux le numérique gratuit pendant un mois. Le schéma actuel avec le numérique plus cher que le poche, ce n’est pas viable. Aujourd’hui, on se rassure en se disant qu’il y a une vraie défense du livre papier, parce que ça sent bon, qu’on peut le toucher, le prêter… Mais les générations qui suivent, biberonnées au Netflix, risquent de faire mal. Quand les éditeurs s’en rendront compte, ce sera trop tard.

5. Lis-tu des confrères ?

Parfois. Mais j’ai beaucoup de retard dans mes lectures. J’ai acheté le livre de Séverine Danflous, Brune platine, il y a près de deux ans, et je ne l’ai même pas encore attaqué. Puis… C’est toujours délicat. Je fais quoi si le bouquin me tombe des mains au bout de trois pages ? C’est difficile de lire quelqu’un qu’on connaît et apprécie. J’ai quand même lu en 2019 les livres de Lise Syven, Christian Guillerme, Matthieu Parcaroli, Tiphaine Hadet… Des auteurs rencontrés en salon ou sur les réseaux sociaux.

Sinon oui, je vois beaucoup de films. A la télévision, essentiellement des vieux films. Et je vais au cinéma trois ou quatre fois par semaine.

6. Lis-tu des notices ?

Ahaha… Non. Enfin si, des notices Ikea, en ce moment. Je m’en passerais bien !

Mercredi

1. Ton signe astrologique ?

Bélier. Mais je n’y connais rien, je ne m’y intéresse pas du tout. Il paraît que j’ai le même caractère qu’un douzième de la population…


2. Comment inventes-tu tes titres ?

Dans la douleur ! Inventer un titre a toujours été un problème. Même ado, pour mes dissertations, mes résumés. Puis c’est difficile de trouver le juste milieu entre l’aspect artistique et l’aspect plus… commercial. Mon deuxième roman avait pour titre (1834) Palach, du nom de l’astéroïde nommé en hommage à Jan Palach. Mais c’est invendable, un truc pareil, ça ne veut rien dire, ça ne donne aucune idée du contenu. Ça fait très SF, aussi. Faut dire qu’il y avait dans la première version du livre un aspect nettement plus fantastique que j’ai complètement supprimé, avec l’esprit de Palach qui nous observait depuis l’espace… Ça, c’était le côté Kubrick : Dave Bowman, l’enfant des étoiles, tout ça. Du coup j’ai opté pour Palach. Puis Jan Palach. Puis La Vie brève de Jan Palach, qui a l’avantage d’apporter un double sens.


3. Quel est ton temps de présence sur les réseaux sociaux ?

Trop ! En même temps, j’y suis quand je n’ai rien d’autre à faire. Avant, on lisait un magazine, on zappait. Maintenant on « scroll » sur Facebook. C’est finalement la même gymnastique, qui n’apporte rien, ou si peu, mais qui nous repose. Au moins, j’essaye de parler un peu de mon actu, quand il y en a. Sinon je poste peu, je me contente de lire et commenter les autres.

4. As-tu une âme de coach

Oui, carrément. Un peu trop, même, sans doute. Je suis meilleur pour les autres que pour moi-même, faites-ce que je dis, pas ce que je fais, etc. J’adore lire et corriger les autres, lorsqu’ils me demandent de relire un texte par exemple. Puis c’est un très bon exercice.

5. Jusqu’où irais-tu pour un salon ?

Peu importe, ça dépend du salon. Et du confort surtout. Je veux juste ma chambre et ma salle de bain. Même minuscules, même dans l’hôtel le plus minable de la ville. Mais partager une chambre, dormir dans des lits de camp ou autre… J’ai des amis qui ont dormi sur la plage pour un salon, l’année dernière. Je ne pourrais pas. Je suis un vrai papy !

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Jeudi

1. Un juge te demande de défendre ton dernier livre. Que lui dis-tu ?

J’vous assure, votre honneur, C’est pas d’ma faute. Je peux utiliser mon joker ? Je n’ai aucune idée de ce que je pourrais dire pour le défendre… Puis je me mets pas mal à nu, déjà, dedans. Tout y est, je n’ai pas grand-chose à ajouter. Lisez-le. Je ne sais pas si c’est un livre bien écrit, mais le destin de Jan Palach vous touchera, j’en suis certain.

2. Où peut-on te trouver ? Ton adresse postale ?

Je suis beaucoup sur Facebook, un peu sur Twitter et Linkedin. Comme je le disais, je poste peu, sauf en cas de forte actu. Mais je reste joignable. Un avis, un commentaire, une question, une critique, vous êtes les bienvenus ! Sinon, vous pouvez me trouver dans le douzième arrondissement de Paris. Dans un café, un supermarché, une librairie… Je n’en dis pas plus !


3. Combien de temps pour conclure ton livre ?

Hum… Ecoute, ça ne fait jamais que trois ou quatre mois que je suis sur les vingt dernière pages de mon bouquin. Est-ce que cela répond à ta question ?! Ce n’est pas un truc évident. Comme pour l’incipit, il faut savoir clôturer, fermer toutes les portes (ou pas, d’ailleurs), marquer la rétine. Mon précédent roman s’inspirait de faits réels, on clôture l’histoire et l’Histoire en même temps, c’était plus évident. Là je bosse sur une pure fiction, donc la conclusion, je dois l’inventer. Mais je vais y arriver, je ne m’en fais pas trop. Ça prendra le temps qu’il faudra ! J’ai bossé sept ans sur Palach. Je travaille depuis mai 2016 sur mon nouveau livre. Si ça se trouve, j’en ai encore pour quelques années !


4. Utilises-tu des supports de communication ?

Un PowerPoint… Non, je plaisante. Pas grand-chose, si ce n’est un post sur Facebook de temps en temps. Ah, si, j’oubliais : un ami a fait une chouette vidéo pour mon deuxième livre. C’était vraiment intéressant, je lui disais ce que j’avais en tête, lui s’occupait de tout le montage. Si mon troisième roman sort un jour, j’ai déjà une petite idée de vidéo. Je pense que pour le prochain, je serai plus offensif niveau communication, plus présent.

Vendredi

1. Chocolat suisse ou belge ?

Oh n’importe, les deux me filent mal au ventre de toute façon ! Parfois je m’achète une tablette de chocolat aux noisettes. Tu sais, le truc basique, bourré de gras, que tu trouves aux caisses de supermarchés… J’ai des goûts simples !

2. Pastafariste ou d’une autre religion ?

J’ai dû chercher dans le dictionnaire… Je découvre le pastafarisme, je vais peut-être me convertir ! Quand j’étais adolescent, on me demandait souvent ma religion. Il se trouve que je n’en ai pas, que je ne suis pas même croyant. On me répondait : « alors tu n’es rien ? ». Bon… Je ne suis rien alors. Soit. Voilà à quoi on en arrive, où tout ça nous mène. C’est dur pour un gosse, d’entendre ça, non ?

3. Tu vois une grande femme comme moi, que lui dis-tu pour la séduire ?

Rien, je crois. Je reste tétanisé. Je la regarde derrière le bouquin que je lis. Je suis un piètre séducteur, tu sais. C’est que je suis timide, moi ! Ou bien je préfère te laisser faire le premier pas. Ça me va bien, ça, oui. Puis ça colle à notre époque. Je ne bouge plus, j’attends !

Samedi

1. Acceptes-tu le liquide ?

Coca-Cola, c’est possible ? Tu vois, je ne suis ni très cher, ni très compliqué. Par contre, c’est minimum la palette. Avec ça je suis à toi !

2. Et si on te paye en pâtes ?

S’il y a la sauce avec, et faite maison, c’est d’accord… Je suis un grand bouffeur de pâtes. Je fais mes sauces moi-même. Du basique, rien de révolutionnaire, mais du fait maison : sauce au quatre fromages, carbonara, bolognaise… J’ajoute du vin, des oignons que je caramélise au miel, etc. Bon, j’ai foiré lamentablement mes lasagnes par deux fois, mais je ne perds pas espoir de les réussir un jour. Donc va pour les pâtes. Si en plus tu nous trouves un bon film, c’est le pied ! Deal ?

Dimanche

1. Au resto, entrée ou dessert ?

Il faut vraiment choisir ? Plutôt entrée, je ne suis pas très bec sucré. Mais tu sais ce que j’aime ? Ce que j’aime vraiment ? Les buffets à volonté ! Ah, le bonheur… Un bon gros brunch à s’en rendre malade. Décidément, tu vas te dire que je ne suis pas d’une grande finesse : Van Damme, Coca-Cola, buffets à volonté… Heureusement que j’ai réussi à glisser Camus, Zola et Godard dans la discussion, l’honneur est sauf. D’ailleurs, ça me fait penser à la phrase de Godard : « Ce film aurait pu s’appeler Les Enfants de Marx et Coca Cola, comprenne qui pourra ». C’était dans Masculin Féminin (que j’ai justement regardé avant-hier soir, ça tombe bien, ça me donne l’occasion de me la péter). Il aurait fallu que je glisse Marx dans la discussion, pour coller parfaitement à la citation. Ah ! Voilà qui est fait ! N’empêche, « Les enfants de Marx et Coca Cola… » Ce que je ne donnerais pas pour écrire une formule pareille !

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